Tourisme durable : pourquoi miser sur une clientèle de proximité pour vos hébergements
Selon les données citées par RSE Magazine, le secteur représenterait 3,8 % du PIB français, mais 11 % des émissions de gaz à effet de serre.

Selon le Réseau Action Climat, le tourisme français doit réorienter sa stratégie vers les clientèles françaises et européennes plutôt que poursuivre prioritairement l’attraction de visiteurs lointains. Le collectif d’ONG estime que cette évolution répond à la fois à une contrainte climatique et à un problème de répartition économique. Pour les gîtes, lieux de séminaire et hébergements de bien-être, le sujet est concret: il touche le marché ciblé, le coût d’acquisition et la pression exercée sur les territoires.
Un modèle international sous contrainte carbone
Le rapport relayé le 8 septembre 2026 met en avant un écart entre le poids économique et l’empreinte environnementale du tourisme. Selon les données citées par RSE Magazine, le secteur représenterait 3,8 % du PIB français, mais 11 % des émissions de gaz à effet de serre.
Le collectif souligne également que les touristes extra-européens ne constitueraient que 2 % des visiteurs, tout en générant 20 % des émissions du secteur. Un visiteur asiatique ou nord-américain émettrait ainsi dix fois plus de gaz à effet de serre qu’un visiteur français, selon le rapport.
L’argument ne porte donc pas uniquement sur le volume de fréquentation. Il concerne la distance parcourue, le mode de transport et la concentration des flux. ID, l’Info Durable rapporte par ailleurs que 62 % des nuitées de touristes américains enregistrées durant l’été 2024 se situaient en Île-de-France. Cette concentration accentue la pression sur le foncier et les locations de courte durée, selon le collectif.
Pour les gîtes, le marché de proximité devient un critère de gestion
Le rapport rappelle que les touristes français représentent les deux tiers de la consommation touristique intérieure, soit 135 milliards d’euros. Le tourisme domestique et européen ne constitue donc pas un marché secondaire. Il représente déjà une base économique majeure.
Pour un hébergement indépendant, la réorientation peut se traduire par des décisions opérationnelles:
- cibler les bassins de clientèle accessibles en train ou en voiture plutôt que les marchés lointains;
- construire des séjours de plusieurs nuits autour du bien-être, de la nature ou du séminaire;
- valoriser les destinations rurales et secondaires, moins concentrées que les principaux pôles touristiques;
- mesurer séparément le taux d’occupation, la durée moyenne des séjours et le coût d’acquisition par marché;
- intégrer le transport dans la présentation de l’offre, au même niveau que le confort ou les équipements.
Le Réseau Action Climat avance aussi un argument de rentabilité: une clientèle française ou européenne pourrait favoriser la fidélisation et réduire certains coûts d’acquisition. Cette hypothèse doit toutefois être vérifiée établissement par établissement. Elle dépend du taux d’occupation hors saison, du niveau de prix et de la capacité à proposer une expérience suffisamment différenciante.
Le contexte tarifaire limite en effet la marge de manœuvre. Les prix des hébergements touristiques auraient augmenté près de deux fois plus vite que l’inflation en vingt ans, d’après les éléments rapportés par ID, l’Info Durable. Dans le même temps, près de la moitié des Français ne partiraient pas en vacances, selon RSE Magazine. Une offre locale ne sera donc viable que si elle reste compatible avec le budget des ménages et avec les coûts fixes de l’hébergeur.
Ce qu’il faut surveiller dans les prochains mois
Le collectif recommande notamment de soutenir davantage les départs en vacances des Français et de réorienter la promotion internationale vers les pays européens proches. Pour les professionnels, cela pourrait modifier les critères de visibilité utilisés par les offices de tourisme et les campagnes territoriales.
Les hébergeurs ont intérêt à suivre quatre indicateurs:
1. la part de clientèle française et européenne dans les réservations;
2. le taux d’occupation en basse et moyenne saison;
3. le coût marketing par réservation;
4. la distance moyenne parcourue par les clients.
La logique est simple: réduire la dépendance aux flux lointains sans dégrader l’équilibre financier. Le tourisme de proximité n’est pas automatiquement sobre ni rentable. Il le devient lorsque le transport, la durée du séjour, le prix et la fréquentation du territoire sont traités dans un même bilan.
Pour les gîtes et lieux de séminaire, la prochaine étape consiste donc moins à afficher une promesse écologique qu’à documenter une offre cohérente: accès, saisonnalité, prix, capacité d’accueil et empreinte carbone.